Norman Fucking Rockwell!, de Lana Del Ray

Le 20 novembre, @LanaDelRey a sorti cette reprise du Summertime de Gershwin pour soutenir les musiciens californiens touchés par le covid. Un écho à sa reprise de Doin’ Time (Sublimes) qui nous donne l’occasion de (ré)écouter son dernier album ⤵️

1. Cet album c’est Norman Fucking Rockwell! (2019), son chef-d’oeuvre, puisqu’après la révélation de Video Games Lana del Rey a souvent peiné à proposer une oeuvre à la hauteur des espoirs que sa voix si originale avaient fait naître.

2. C’est donc un aboutissement que cet album parfait, cohérent et personnel. Le titre énigmatique – ce foutu norman rockwell ! ou norman baise rockwell – faisant écho à la fascination pleine d’ironie de Lana pour une Amérique déjà lointaine (fucked up ?).

2. L’album est un récit amoureux. On y suit par bribes un amour néfaste voire coupable, qu’on cherche parfois à laisser loin de soi, qui se fait possession, touche à la folie.

“All the pills that you take /
Violet, blue, green, red to keep me at arm’s length don’t work”

3. Mais cet amour condamné d’avance (“fuck it I love you”), associé au danger et à la trahison (thème de « Doin’ Time), Lana y revient consciemment, dans une détermination à vivre pleinement (“thanks for the high life”).

4. En parallèle, c’est la fascination de Lana del Rey pour une Amérique disparue qui suscite ces chants amoureux pleins de nostalgie, ponctués de références au années 50 – le photographe Slim Aarons, l’écrivain Sylvia Plath.

5. Dans ce registre c’est « The greatest » qui est la plus transparente :
“I miss Long Beach and I miss you, babe / I miss dancin’ with you the most of all / I miss the bar where the Beach Boys would go / Dennis’s last stop before Kokomo”.

6. Nostalgie également illustrée par de nombreuses références musicales glissées dans les paroles : “Dream a little dream of me”, “I’m your man”, “girls just want to have fun”. Le Kokomo de « The Greastest » évoque les Beach Boys…

7. … et la chanson Cinamon girl reprend un titre de Neil Young.

8. « Norman Fucking Rockwell », 1e titre, est une chanson d’amour détournée – l’amant est un enfant poseur, incarnation d’une Amérique passée qui se singe mais reste irrésistible. Superbe entrée en matière, sereine et rêveuse grâce aux cuivres et vocalises.

9. En regard, la chanson finale, « hope is a dangerous thing » signe l’émancipation de la narratrice – l’accès assumé à une vie dangereuse, à jamais mêlée de la langeur du regard retrospectif.

10. Coup de coeur pour Cinnamon Girl (voix très belle; piano simple puis accords cordes/guitares et percussion boisée
en contraste avec les paroles évoquant l’obsession) et Bartender (road movie à la Bonnie and Clyde; traversée extrême pour garder l’amour en vie).

11. A la sortie de NFR! @RollingStoneFra saluaient la touche vintage de Lana, “Polaroïd de la musique”, tandis que @lesinrocks lui accordaient une interview.

👉 https://www.lesinrocks.com/2019/09/02/musique/musique/lana-del-rey-il-ne-faut-pas-se-laisser-dicter-son-destin/

👉 https://www.rollingstone.fr/lana-del-rey-norman-fucking-rockwell-chronique/

12. Mais @laurasnapes dans @guardian signait la meilleure critique:

“Del Rey’s obsession with American archetypes, once dismissed as superficial, has matured into an acute understanding of how they are created and frustration at what they conceal.[…]

👉 https://www.theguardian.com/music/2019/dec/20/best-albums-2019-no-1-lana-del-rey-norman-fucking-rockwell

13. This summer, she released Looking for America, a song explicitly about gun control […] but left it off the album. Its omission is judicious: on NFR, she airs her grievances with American ideals insidiously, seeding a more potent degree of subversion.”

Originally tweeted by Résidences (@ResidencesArt) on 23 novembre 2020.