La barque de Dante, de Delacroix

La barque de Dante est l’un des premiers tableaux de Delacroix. Exposé au Salon en 1822, il attire la lumière sur ce jeune peintre qui s’apprête à faire une carrière fracassante. Petite visite guidée d'une toile qui emprunte à la littérature italienne son motif ⤵️

Le motif représenté ici est emprunté au chant VIII de la Divine Comédie qui évoque la traversée du Styx, ce fleuve qui mène aux Enfers dans la mythologie grecque et que le poète italien mobilise comme le cinquième cercle de ses Enfers | Via @wikisource_fr

Dante Alighieri, que l’on reconnaît à son bonnet florentin (comme dans le tableau la Divine Comédie illuminant Florence, de Domenico Di Michelino), se tient sur une barque…

… avec Virgile, le poète latin, son guide, reconnaissable à sa toge et à la couronne de laurier qui symbolise sa gloire. Il est auréolé de lumière…

… et tient Dante, effrayé, par la main.

Avec eux, un homme de dos mène la barque : il s’agit de Phlégias, roi des Lapithes dans la mythologie grecque, condamné aux Enfers pour avoir brûlé le temple d'Apollon à Delphes, après que le dieu ait tué sa fille, Coronis.

Delacroix se serait inspiré ici de la sculpture antique du Torse du Belvédère, conservée aujourd’hui au musée Pio-Clementino de Rome.

Le décor de la scène, tragique et violent, montre des eaux agitées, celles du Styx, et le brasier qui consume la cité Dité où sont châtiés les hérésiarques.

Le Styx dans la Divine Comédie, qui s’éloigne ici de la mythologie antique, est un cercle à part entière où les colériques se déchirent eux-mêmes et entre eux.

Delacroix les représente au premier plan dans une lumière crue et blanchâtre qui fait ressortir la pâleur des corps sur le sombre du décor.

La fureur de ces colériques se ressent particulièrement dans le regard démoniaque de l’un des personnages, à gauche, qui tente de monter dans la barque et dans celui, à droite, qui la mord.

Nombre d’éléments, depuis la violence jusqu’au motif de l’esquif, annoncent dans cette toile l’œuvre de Delacroix. Adolphe Thiers, dans son compte-rendu pour le Constitutionnel, y décèle immédiatement le génie d’un peintre qu’il compare à Michel-Ange et Rubens | Via @GallicaBnF

Acheté par l’Etat, le tableau est aujourd’hui au @MuseeLouvre. Au cours des siècles, nombreux seront les peintres de renom à en faire copie, comme Cézanne ou Manet, ici dans la copie du @metmuseum

Ce tableau illustre une fois de plus la postérité iconographique de la Divine Comédie de Dante, dont nous vous avions déjà parlé il y a quelques temps avec le tableau de la Divine Comédie illuminant Florence, de Domenico Di Michelino.

Originally tweeted by Résidences (@ResidencesArt) on 22 mars 2021.